Journal d’un naufragé
Dans une courte introduction à son Journal d’un naufragé, l’auteur japonais Gozz explique qu’il a recours au style de représentation Hakoniwa. Un type de représentation cubique en perspective isométrique, utilisée comme un diorama. A chaque page correspond un jour et une élévation 3D, silencieuse, accompagnée d’un texte en récitatif. L’un et l’autre se complètent habillement pour fournir les informations nécessaires à la bonne compréhension du propos. La complexité des élévations correspond au niveau de développement de l’histoire. Au départ récit standard de naufrage et d’apprentissage, le scénario va se complexifier au fil des pages et prendre une tournure imaginaire au fur et à mesure de l’appariation de créatures extraordinaires, correspondant à l’extension des modules 3D en profondeur, vers la terre, ou en hauteur, vers la canopée. Passant sans accroc d’un mode réaliste à un mode fantastique, l’histoire se clôt aux deux tiers du livre pour ensuite proposer une série de conclusions alternatives et de dossiers thématiques sur l’environnement au sein duquel elle se déroule. Journal du naufragé se présente ainsi comme un pur produit hybride, à la croisée des médiums du livre et du jeu, et plus précisément encore du jeu vidéo. Il constitue une proposition convaincante et novatrice qui passe très bien auprès d’un large public, en particulier auprès d’un public pas forcément sensible à la bande dessinée, et qui se réapproprie la lecture à travers cet objet singulier.
Un petit bémol à ce titre graphiquement magnifique de la part d’un perfectionniste pointilleux : l’amateurisme du choix typographique, manuaire, pour retranscrire le texte en version française, et qui péjore probablement beaucoup cette dernière par rapport à l’originale, mais bon…
//YZ 2026
Journal d’un naufragé
Gozz
Dupuis Vega 2024
192 p
9782379503313
