L’Age d’eau seconde partie
Après ma série relativement conséquente sur des bd écrites par des femmes (F), je me retrouve en porte-à-faux au niveau chronologique. Voici quelques séquences de rattrapage sur des titres de l’année passée, voire même de la précédente.
Au beau milieu de l’été 2025 sort la suite et fin de L‘Âge d’eau, ardemment attendue par ses admirateurs.
En plein été donc, le monde, la France sont plongés à moitié sous les eaux. Les métropoles se retranchent à l’abri de fortifications de secours et les campagnes sont laissées plus ou moins à elles-mêmes, à l’absence de surveillance du côté des tenants de l’ordre sécuritaire. Quoique, en ce moment-même, ce qui actionne le levier du présent récit, c’est justement la volonté de l’autorité centrale de reprendre la main sur le territoire. De rapatrier les égarés vers la ville pour en assurer le confinement réglementaire. Dans les vastes étendues en partie submergées, la résistance s’organise, les réseaux d’entraide se tissent. Une gueule cassée et son muet de frangin prennent le large et s’en vont faire le tour des communautés, à la recherche d’un havre de paix pour leur vieille mère menacée sur son petit coin d’île immergée.
L’Âge d’eau se profile ainsi comme une dystopie plutôt heureuse. Un prétexte pour Flao, grand amoureux du soleil, pour faire l’inventaire des valeurs qui lui tiennent à cœur au milieu de la morosité ambiante. La liberté, l’autonomie, la frugalité, le partage, l’ivresse et la chaleur humaine. Un peu sur le même modèle que ses bouquins précédents, L’Âge d’eau se construit autour de la figure de quelques marginaux, attachants à crever, qui vont gripper la belle mécanique répressive au fur et à mesure de leurs errances. Humour rebelle, dialogues percutants et tensions manifestes rythment les séquences de course-poursuite. Celles-ci sont ponctuées de ruptures soudaines, de scènes d’extases hallucinatoires et poétiques qui sont la marque même de l’auteur, de sa faculté à transporter le lecteur dans un univers onirique, parallèle à celui, trivial, du monde réel, par le seul génie de son imaginaire et de sa palette virtuose.
Tout ça serait quasiment parfait, si ce n’est les traces de la trop grande nonchalance que parsème tout au long de ses albums le brillant dessinateur, qui use et abuse des agrandissements de croquis en mauvaise résolution pour achever ses assemblages sur un aveu de lassitude un tantinet malheureux. Les lecteurs le lui pardonneront entièrement, eux qui par ici, plébiscitent ce triptyque plus que tout.
//YZ 2026
L’Âge d’eau 2
Benjamin Flao
Futuropolis 2025
175 p
9782754831215
