En chair et en fer

«Killo» pèse une tonne. De tous, probablement, c’est lui le plus fort. Il est le maître des éléments.
La ligne et le point. Personne mieux que lui n’a si sensiblement expérimenté leurs limites, au cœur des contrastes de matières, là où se distingue l’infiniment détaillé des plates étendues du vide.
Le noir et le blanc. Surmontant l’antagonisme fondamental de la lumière soustractive et additive, il passe de la représentation en mode négatif à celle en mode positif sans aucun effort apparent.
Le volume et le plan. L’espace est une dimension qui surgi de la page blanche. A force de le triturer, de le plier à sa volonté, il en a fait un simple accessoire qu’il manipule comme bon lui semble à travers ses variations sur la perspective linéaire.
Le rythme et la narration. L’art de la mise en scène n’a plus de secrets pour lui. Comme un cinéaste chevronné, il joue avec les plans, les raccourcis, les ruptures, les hommages, les pastiches, les références et j’en passe…
La masse et le corps. Killofer a appris à apprivoiser les corps. Le poids des corps. L’anatomie et les lois de la gravitation. C’est pourquoi ses personnages semblent entraînés par l’attraction terrestre plus irrémédiablement qu’aucun autre.
L’image et les mots. A la toute fin, Killofer va jusqu’à maîtriser son image, adorant se mettre en scène à travers la posture grandiloquente d’alcoolique nevrosé qu’on lui prête et qu’il alimente, sans avoir généralement besoin de mots pour le faire.
Quoi de plus naturel qu’un pareil démiurge se confronte, d’homme à robot, à l’altérité de l’intelligence artificielle pour en mesurer, en son âme et conscience, l’intensité de la relation, fusse-t-elle source de chagrin pour son cœur meurtri ?
//YZ 2022

En chair et en fer
Fabrice Killofer
L’Association 2022
52 p
9782203239968