Les Imbuvables ou comment j’ai arrêté de boire (1)

Après plusieurs chroniques insérées au sein de thématiques je poursuis sur ma lancée avec une série de quelques titres écrits par des femmes. S’agirait de quelque chose particulier ? On dira qu’il s’agit de ma contribution aux débats du temps. A noter que le lien entre l’ordre d’édition de ces chroniques et celui de l’ordre de parution réel des titres traités de distend de plus en plus avec ce genre de vue d’ensemble.
Je commence avec un titre qui commence déjà à dater un tantinet. Mais c’est du lourd. Pourquoi du lourd ? Parce que l’imposant livre que sortent les éditions de l’Agrume complète une série de titres parus cette dernière décennie pour former une vision d’ensemble d’une œuvre désormais culte, celle de Julia Wertz.
Les Imbuvables complète certains espaces vacants laissés dans l’approche autobiographique de cette jeune autrice américaine, approche à travers laquelle elle revient sur les différentes épisodes de sa vie, se penche sur tel ou tel lieu qu’elle a habité et arpenté de long en large*. Les Imbuvables revient de manière frontale sur la longue période durant laquelle l’autrice a essayé de sortir de sa dépendance à l’alcool. Un sujet lourd et délicat à aborder. C’est pourtant rien de dire que sa lecture est plutôt drôle et stimulante à chaque instant. Un paradoxe qui porte bien la marque de fabrique de Julia Wertz.
L’expression de Julia Wertz peut se résumer très schématiquement à deux caractéristiques. Un dessin rudimentaire** au service d’une expression foisonnante. Julia Wertz est une autodidacte. Elle est venue à la bande-dessinée par alternative aux études universitaires, à travers une pratique conçue comme un exutoire. Toute sa bibliographie est empreinte de la nécessité de communiquer et de partager. Dans Les Imbuvables, ça cause tout le temps. A la sauce américaine, dans un langage très cash, sans pudeur et franchement désinhibé du côté de notre héroïne. Adepte affirmée de l’humour cru, Julia Wertz est une jeune femme sensible et pénétrante qui aime à revêtir sa panoplie d’ironie à l’épreuve de tous les coups. Les Imbuvables sont ainsi remplis de small talk portant sur toutes sortes de sujets anodins ou profondément existentiels, partagés entre personnes qui savent toujours avoir le dernier mot, à coup de punchlines bien rentre-dedans, souvent cocasses, et parfois un rien irritantes. Malgré sa masse intimidante, Les Imbuvables constitue une lecture enrichissante à pleins de niveaux, toute tournée autour d’une personnalité particulièrement attachante, aux interrogations bien en adéquation avec son temps.

*Les Entrailles de New-York / L’Agrume 2019
**Un trait mécanique, quelques trames grossières en guise de structure, un usage radical du noir ou du blanc pour rythmer l’espace, une physionomie basique à la Matt Groening pour permettre à des personnages gauchement campés de transmettre suffisamment d’émotions, voilà le vocabulaire idéal trouvé par Julia Werz. Un dessin consternant de simplicité. Du moins au premier abord. Il se trouve qu’il soit encore plus consternant d’efficacité en réalité. On y succombe rapidement et sûrement, à tel point qu’on n’arrive pas à imaginer quoi que ce soit qui puisse être envisager pour le rendre meilleur.
//YZ 2025

 

Les Imbuvables ou comment j’ai arrêté de boire (chronique thématique 1)
Julia Wertz
L’Agrume 2023
320 p
9782490975839