La Pythie vous parle (2)
La seconde chronique de ma nouvelle sélection se penche sur une autre star de la bd féminine à tendance féministe. Liv Strömquist a commencé à réellement faire parler d’elle avec la parution de L’Origine du Monde, en 2016 chez Rakham. Elle y déconstruit tous les stéréotypes véhiculés à travers la société et ses élites à propos de la sexualité féminine. Dans Grandeur et décadence, elle revient sur les mythes destructeurs du libéralisme économique, ardemment défendu aux Etats-Unis notamment par un femme (!) Dans I’m every Women, elle s’attaque à l’ordre patriarcal à travers le portrait d’une galerie de victimes des mécanismes de domination masculins. Et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui ou elle s’amuse à dénoncer, en toute pertinence, à travers son regard affuté et son ton pétri d’ironie, les chimères promises et monnayées de tous temps par les marchands de bonheur, les actuels promoteurs du développement personnel. C’est jubilatoire et délicieusement irrévérencieux. Ce qui est marrant aussi c’est qu’à l’instar de Julia Wertz, Liv Strömquist semble aussi faire partie de ces personnes qui dessinent un peu avec les pieds, dans le sens où la recherche d’un style graphique particulier, vu comme un aboutissement, ne semble pas constituer sa préoccupation première. Ce qui lui faut c’est d’abord un dessin qui lui permette de véhiculer des idées. Comme sa consœur, elle s’affranchit des contraintes qui risqueraient de brider son expression. Comme elle aussi, le graphisme qu’elle a intuitivement mis en place accède à sa propre autonomie par l’expérience. Il est légitimité par le sens. C’est assez frappant de constater à quel point le design auquel elle a recours, qui fait la part belle autant aux lettres qu’aux personnages, aux bulles de texte qu’aux décors participe à l’efficacité de son propos, qui fait d’elle une sorte de spécialiste de l’essai en bande dessinée.
//YZ 2025
La Pythie vous parle (chronique thématique 2)
Liv Strömquist
Rakham 2024
244 p
9782878272598
