La Chiâle (3)
La Chiâle. Déjà le titre. Le titre donne le la. Improbable.
Pour mon étape numéro 3 je tente de m’attaquer au titre qui m’a le plus sûrement marqué cette année 2025 (comme je l’ai lu avec 6 mois de retard sur sa parution). La Chiâle met en scène une femme qui pleure. Ou plus précisément qui chiâle. Qui chiâle à tout propos, à tout moment, qu’on s’y attende ou qu’on s’y attende pas. L’album se présente par conséquent comme une tentative d’exprimer le sentiment de submersion affectif, le pétage de plomb intégral, légitime et sans raison à la fois, le débordement de toutes les digues émotionnelles sous la pression du contexte géo-politico-social-intime du moment. Rien que ça. Comment arriver à quelque chose avec un programme pareil ?
Claire Braud y parvient. Je l’affirme. Je ne sais pas comment. En toute sérénité aurais-je envie de dire, elle parvient à gérer le grand n’importe quoi, à lancer la machine sur ses rails. Promenant son personnage de séquences géographiquement disséminées, traitées de son propre aveu sur des modes différents, elle dresse quelques tableaux qui détaillent les sujets de son trouble. Par leur truchement, elle hisse le niveau de son angoisse personnelle jusqu’à celui de l’écho-anxiété universelle, réussissant à faire partager une part de sa tristesse au lecteur.
Tout est mouvant, instable, grandiloquent, comique dans La Chiâle. Le dessin change tout le temps, les angles varient suivant l’humeur, les références culturelles vacillent, le propos oscille entre le rire et les larmes, le local et le global. On est sans arrêt le cul entre deux chaises. Comme dans la vie en vérité. Il y a une liberté absolue, insensée qui sourde à travers dans cette histoire sans queue ni tête et qui parvient malgré tout à retomber sur ses pieds et à en imposer, par la vertu de son hypersensibilité. La Chiâle, c’est quelque chose d’incomparable. C’est un jalon, il y a un avant et un après ou alors j’ai rien compris.
n.b.
Claire Braud n’en est pas à son premier essai. Elle a déjà été éditée à plusieurs reprises notamment par l’Association. Je ne suis jamais parvenu à lire plus de 3 pages sans m’ennuyer. A quoi ça tient ?
//YZ 2025
La Chiâle (chronique thématique 3)
Claire Braud
Dupuis Les Ondes Marcinelle 2024
216 p
9791034768998
